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Les revers judiciaires de Trump ne freinent pas sa campagne contre les médias
information fournie par Reuters 29/04/2026 à 18:16

Donald Trump a beau avoir essuyé une série de revers juridiques dans ses démêlés avec les médias américains, le président américain ne bride pas pour autant sa volonté de s'en prendre à ceux qui ne sont pas d'accord avec lui, et ce même en dehors du cadre de la presse.

Ces derniers temps, les tribunaux ont systématiquement donné raison aux organisations de presse, rejetant les plaintes en diffamation de Donald Trump et bloquant des tentatives de son administration visant à restreindre l'accès des journalistes ou à réduire le financement des médias publics.

Et cela en invoquant à chaque fois la protection de la liberté d'expression garantie par le Premier amendement de la Constitution américaine.

Mais la lenteur des procédures et la multiplicité des appels jouent en faveur d'une administration qui agit rapidement, teste les limites juridiques et ajuste ses tactiques après chaque défaite.

Le conflit entre Donald Trump et Jimmy Kimmel, animateur sur ABC, illustre ainsi une campagne de pression qui dépasse les tribunaux. Alors même que les juges réaffirment les protections des médias, Donald Trump exige des licenciements, préconise un contrôle réglementaire et exerce des pressions sur les entreprises en dehors des voies judiciaires formelles.

UNE STRATÉGIE DE LENTEUR JUDICIAIRE

"Trump peut perdre à répétition des batailles judiciaires individuelles tout en faisant avancer son objectif global d'affaiblir et de déstabiliser la presse", estime Christina Koningisor, professeure à l'UC Law San Francisco, évoquant ce qu'elle décrit comme une stratégie de "ralentissement" des procédures.

Un porte-parole des avocats personnels de Donald Trump a déclaré que le président continuerait à demander des comptes pour ce qu'il qualifie de fausses informations et de propos diffamatoires.

De son côté, un porte-parole de la Maison Blanche a affirmé que Donald Trump était le président américain le plus ouvert et le plus accessible, ajoutant que son administration avait élargi l'accès à la presse de manière sans précédent.

Depuis 2020, Donald Trump a intenté au moins neuf poursuites contre de grands groupes médiatiques, réclamant des dizaines de milliards de dollars de dommages-intérêts pour des reportages qu'il juge faux ou trompeurs.

Parallèlement, son administration a restreint l'accès de la presse à certaines agences gouvernementales et menacé d'utiliser les leviers réglementaires contre des médias se montrant critiques, ce qui conduit ces derniers à lancer des procédures judiciaires.

Le dernier revers est survenu le 13 avril, lorsqu'un juge a rejeté la plainte en diffamation de 10 milliards de dollars de Donald Trump contre le Wall Street Journal et sa maison mère Dow Jones, au sujet d'un article évoquant une lettre d'anniversaire adressée au financier déchu Jeffrey Epstein et portant la signature de Trump.

Le juge fédéral Darrin Gayles a déclaré que la plainte était "loin" de prouver que le Wall Street Journal avait sciemment diffusé de fausses informations ou fait preuve de négligence grave.

Il a toutefois autorisé le dépôt d'une plainte révisée, exposant encore Dow Jones à une procédure potentiellement longue et coûteuse. Les avocats de Donald Trump ont indiqué qu'ils déposeront de fait une nouvelle version de la plainte.

Si l'affaire survit à une nouvelle demande de rejet, la phase de communication des pièces, le procès et les appels pourraient s'étaler sur plusieurs années.

La plainte déposée par Donald Trump en 2022 contre CNN pour sa couverture de ses allégations infondées de fraude électorale a été rejetée en 2023. Une cour d'appel a confirmé cette décision, mais Donald Trump pourrait encore saisir la Cour suprême.

"Vu le fonctionnement de notre système judiciaire, cela peut coûter beaucoup de temps et d'argent, et le président est en mesure d'en tirer parti", a déclaré Tre Lovell, spécialiste du droit de la diffamation.

LES RÈGLEMENTS À L'AMIABLE SOULIGNENT LE COÛT DES BATAILLES JURIDIQUES PROLONGÉES

Deux groupes de médias ont conclu des accords à l'amiable dans le cadre de poursuites en diffamation engagées par Donald Trump, jugées sans fondement par les juristes, mais potentiellement coûteuses à défendre.

ABC a accepté de verser 15 millions de dollars à la fondation présidentielle de Donald Trump après une plainte liée à des commentaires erronés à l'antenne dans un procès civil où un jury l'avait reconnu responsable d’abus sexuels.

CBS a conclu un accord similaire après une action en justice liée au montage d'une interview avec Kamala Harris, rivale de Donald Trump à l'élection de 2024.

Aucune des deux sociétés n'a reconnu de faute, bien qu'ABC a accepté de présenter des excuses et déclaré regretter la description faite à l'antenne par le présentateur George Stephanopoulos du jugement civil.

S'agissant du cas CBS, certains pensent que la maison mère de la chaîne, Paramount, a consenti à cet accord à l'amiable en vue de faciliter l'approbation réglementaire de sa fusion à 8,4 milliards de dollars avec Skydance Media, validée peu après par la Federal Communications Commission.

Plus généralement, les recours contre les actions de l'administration Trump peuvent être longs et coûteux, et même les victoires judiciaires remportées par la presse se sont parfois avérées éphémères, bloquées par des appels ou arrivant trop tard pour avoir un impact.

DES VICTOIRES JUDICIAIRES AUX CONSÉQUENCES LIMITÉES

Au cours du mois dernier, des juges ont bloqué un décret de Donald Trump visant à supprimer les fonds fédéraux pour l'audiovisuel public, ont annulé ses tentatives de démanteler Voice of America et ont invalidé à deux reprises les règles d'accès de la presse du Pentagone, les jugeant inconstitutionnelles.

Dans chaque cas, les tribunaux ont estimé que l'administration Trump avait violé les interdictions du Premier amendement en exerçant une discrimination envers les médias basée sur leurs positions éditoriales.

Cependant, une administration prête à tester les limites juridiques et à faire appel rapidement parvient régulièrement à contourner un système judiciaire lent et délibératif.

La radio publique NPR a intenté une action en justice en mai 2025 pour bloquer un décret de Donald Trump supprimant les fonds fédéraux destinés à la radiodiffusion.

Le mois dernier, le juge Randolph Moss lui a donné raison, mais l'agence de financement n'existait plus, ses fonds ayant été épuisés par les actions de Donald Trump et de ses alliés républicains au Congrès.

Voice of America a obtenu gain de cause le 18 mars, près d'un an après que ses journalistes ont engagé des poursuites pour empêcher son démantèlement.

Les tribunaux restent essentiels pour protéger la liberté de la presse, mais ils ne peuvent constituer l'unique rempart contre les abus, a déclaré Doug Mirell, avocat spécialisé dans le premier amendement.

"La campagne de Trump contre les médias est si multiforme que les efforts judiciaires pour le contenir s'avèrent insuffisants", a-t-il dit.

(Reportage Jack Queen, version française Elena Smirnova, édité par Benoit Van Overstraeten)

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